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Commerce

Charges aux immeubles commerciaux en Suisse

Comprendre les charges locatives dans le cadre d'un bail commercial : découvrez quelles charges sont répercutables, comment elles sont calculées et comment vous pouvez préserver vos droits en tant que locataire.

Écrit par
Marc Schwery
Publié le
13 mai 2025

Lors de la location de surfaces commerciales en Suisse, les frais accessoires constituent un facteur essentiel au même titre que le loyer net. Ils englobent des dépenses supplémentaires qui représentent souvent une part importante du coût total de la location. Une compréhension claire et une budgétisation correcte de ces coûts sont indispensables pour la planification financière afin d'éviter des dépenses inattendues. Le loyer brut, c'est-à-dire le montant effectivement dû, se compose du loyer net et des frais accessoires.


Ce guide offre un aperçu des frais accessoires pour les biens immobiliers commerciaux en Suisse. Il explique les bases légales, quels coûts peuvent être répartis, comment les frais accessoires pour les surfaces commerciales sont calculés et répartis, quels facteurs influencent leur montant et quels sont les droits des locataires.



Frais accessoires pour les biens immobiliers commerciaux

Le Code des obligations suisse (CO), en particulier les articles 257a et 257b, ainsi que l'Ordonnance sur le bail à loyer et le bail à ferme d'habitations et de locaux commerciaux (OBLF) en constituent la base légale.


Un point crucial : les frais accessoires ne doivent être payés par le locataire que si cela a été convenu de manière spécifique et détaillée dans le contrat de bail. Des formulations générales ne suffisent pas. Si les coûts ne sont pas explicitement mentionnés, ils sont considérés comme inclus dans le loyer net.


Selon la loi, les frais accessoires sont les dépenses effectives du bailleur pour des prestations en lien avec l'usage de la chose. Cela inclut les frais d'exploitation typiques tels que le chauffage, l'eau chaude et les redevances publiques qui découlent de l'utilisation. Il est important de séparer les frais d'exploitation purs et les coûts qui incombent au propriétaire en raison de la possession (entretien, réparations, administration générale). Ces derniers sont couverts par le loyer net et ne peuvent pas être facturés comme frais accessoires.



Frais accessoires répartissables : que peut facturer le bailleur ?

Seuls les coûts directement liés à l'usage et explicitement convenus dans le contrat peuvent être facturés comme frais accessoires.


Parmi les frais accessoires admissibles typiques, pour autant qu'ils soient convenus par contrat, on trouve les frais de chauffage et d'eau chaude. Cela comprend les combustibles, l'électricité d'exploitation pour les installations, le ramonage, les travaux d'entretien, la révision de la citerne, le relevé de la consommation et les frais de décompte. Les frais d'administration directement imputables sont également répartissables. Les coûts périodiques tels que l'entretien du chauffe-eau peuvent être facturés au prorata annuellement. Les frais d'eau et d'eaux usées correspondant à la consommation réelle sont aussi répartissables, mais pas les taxes de base indépendantes de la consommation ni les taxes sur les eaux pluviales. Les frais d'exploitation pour les parties communes tels que l'électricité générale, la conciergerie (pour les travaux de nettoyage et d'entretien simple), le nettoyage des cages d'escalier, l'entretien courant du jardin et le déneigement peuvent être facturés. En ce qui concerne les frais d'ascenseur, l'électricité d'exploitation, les frais d'appel d'urgence et les abonnements de maintenance sont souvent répartissables, mais pas les réparations. Les redevances de base pour la télévision sont répartissables, pas les frais d'installation. Pour les frais d'administration, seuls les coûts d'établissement du décompte des frais accessoires (généralement 2 à 3 % des frais accessoires nets ou selon le temps consacré) peuvent être facturés.


En revanche, les coûts typiquement inadmissibles doivent être pris en charge par le bailleur. Cela comprend les réparations et la remise en état, les achats de remplacement et les investissements, l'amortissement des installations (à quelques exceptions près), les primes d'assurance bâtiment générales, les redevances publiques non liées à l'usage (par ex. l'impôt foncier), les taxes de raccordement, les intérêts hypothécaires et les honoraires d'administration générale. Pour les abonnements de service, il convient de vérifier s'ils comprennent uniquement de la maintenance (répartissable) ou également une part de réparation (non répartissable).


Le tableau suivant donne un aperçu (non exhaustif) :


Catégorie de coûtsFrais accessoires admissiblesFrais accessoires inadmissibles (typiquement)
Chauffage/Eau chaudeCombustible/Énergie, électricité d'exploitation, ramoneur, service du brûleur, révision de la citerne, service du chauffe-eau (au prorata), mesure de la consommation, assurance chauffage, frais administratifs pour le chauffage/eau chaudeRéparations, achats de remplacement, amortissement (sauf contracting/RCP), assurance bâtiment générale
Eau/Eaux uséesConsommation d'eau froide, taxes d'eaux usées en fonction de la consommation, produits chimiques de traitement de l'eauTaxes de base indépendantes de la consommation, taxes sur les eaux pluviales, taxes de raccordement
Concierge/Nettoyage/EnvironnementSalaire pour le nettoyage/petit entretien/jardinage, matériel de nettoyage, électricité générale, électricité de l'ascenseur, maintenance de l'ascenseur (abonnement de service), taxes poubelles, déneigement, entretien du jardin (courant) Salaire pour les réparations/tâches administratives, achat d'appareils/outils, nouvelles plantations, abattage d'arbres, réparations de l'ascenseur, élimination des déchets encombrants
TV/CommunicationRedevances de base du réseau câbléTaxes de raccordement, frais d'installation 
AdministrationFrais d'établissement du décompte des frais accessoires (env. 2-3% des FA ou selon le temps consacré) Honoraires d'administration générale, frais de remise des locaux, frais de location
DiversTVA sur les prestations de tiers et le décompte des FAImpôts fonciers, assurance bâtiment, intérêts hypothécaires, réparations, investissements, amortissement


Comment les coûts sont-ils répartis ?

Si les frais accessoires ne peuvent pas être imputés directement, la répartition s'effectue au moyen d'une clé de répartition. Les clés courantes sont basées sur les mètres carrés (par m²), sur la consommation (en présence de compteurs, c'est souvent la méthode la plus équitable), par objet loué (à parts égales) ou par mètres cubes. La clé fixée dans le contrat doit être appropriée. Une modification nécessite une adaptation formelle du contrat. Dans les immeubles à usage mixte, il faut veiller à une clé équitable qui tienne compte des différentes consommations (par ex. bureau vs restaurant). En cas de vacance, le bailleur prend en charge la part correspondante des frais accessoires ; il existe des règles spécifiques pour les frais de chauffage.


Modes de décompte : Acompte vs Forfait

  • Paiement par acompte : versements anticipés mensuels, décompte annuel détaillé des coûts effectifs avec paiement supplémentaire ou remboursement. C'est la méthode la plus courante, mais elle comporte le risque de paiements supplémentaires.


  • Paiement forfaitaire : montant mensuel fixe, pas de décompte annuel. Offre une sécurité budgétaire, se base sur la moyenne des trois dernières années. Les locataires peuvent là aussi demander des renseignements et consulter les justificatifs pour vérifier le forfait.



Moyenne des frais accessoires par m²

Il est difficile de trouver des valeurs moyennes fiables pour les frais accessoires commerciaux par m², car ils varient considérablement. Les valeurs indicatives approximatives du secteur résidentiel (env. CHF 30-40/m²/an) ne sont que partiellement pertinentes pour les surfaces commerciales.


Facteurs d'influence pour les biens immobiliers commerciaux :

  • Type de commerce : besoins différents en énergie, eau, déchets (bureau vs production/restaurant).


  • Standard du bâtiment et âge : efficacité énergétique (MINERGIE vs bâtiment ancien).


  • Emplacement : différences de prix régionales.


  • Niveau de service : étendue de la conciergerie, du nettoyage, etc.


  • Contrat de bail : définition des coûts répartissables.


Recommandation : concentrez-vous sur le calcul des frais accessoires pour l'objet spécifique. Demandez les anciens décomptes ou la base de calcul du forfait et renseignez-vous sur l'état du bâtiment.



Vos droits en tant que locataire : transparence et contrôle

Le droit du bail vous garantit d'importantes possibilités de contrôle :

  • Droit à un décompte annuel détaillé (en cas d'acompte) : clair, compréhensible, avec les coûts totaux, la clé de répartition, votre part et la compensation des acomptes. En cas de doute, exigez un relevé plus détaillé.


  • Droit de consultation des justificatifs : consultation des factures originales au siège du bailleur/de l'administration. Vous pouvez prendre des notes/photos ou faire des copies (à vos propres frais). S'applique également aux forfaits pour vérifier la base de calcul.


  • Délais : pas de délai d'opposition légal contre le décompte, mais une réaction rapide est recommandée. Prescription pour les demandes de rappel du bailleur : 5 ans. Prescription pour les demandes de remboursement du locataire : 1 an après en avoir eu connaissance, max. 10 ans. Délai de décompte usuel pour le bailleur : env. 6 mois après la fin de la période.


  • Procédure en cas de désaccord : formuler d'abord une réclamation par écrit (recommandé) auprès du bailleur. Si cela n'aboutit à aucune solution, l'autorité de conciliation gratuite peut être saisie.



Liste de contrôle & conseils : bien régler les frais accessoires dans le bail commercial

Dans le droit du bail commercial, une rédaction soignée du contrat est particulièrement importante :

  • Précision : chaque poste de frais accessoires doit être listé explicitement et clairement dans le contrat.


  • Clé de répartition : vérifier si elle est clairement définie et équitable (en particulier en cas d'utilisation mixte).


  • Mode de décompte : clarifier (acompte/forfait) si le montant de l'acompte est réaliste.


  • Coûts inadmissibles : veiller à ce qu'aucun coût d'entretien, de réparation ou d'investissement ne soit inclus.


  • Négociation : discuter de l'étendue des coûts, d'éventuels plafonds et du niveau de service.


Liste de contrôle pour les locataires :

  • Avant la conclusion du contrat : vérifier le contrat en détail, se renseigner auprès du bailleur (montant attendu, efficacité énergétique, anciens décomptes).


  • Budgétisation : planifier les frais accessoires de manière réaliste, prévoir une marge pour d'éventuels paiements supplémentaires (acompte).


  • Contrôle continu : vérifier le décompte annuel (comparaison avec l'année précédente, plausibilité, clé, acomptes), demander à consulter les justificatifs en cas de doute.



Conclusion

Les frais accessoires constituent un facteur de coût significatif pour les biens immobiliers commerciaux. Une compréhension claire des règles et des droits est essentielle. La clé réside dans un contrat de bail précis. Examinez attentivement les règles relatives aux frais accessoires, négociez si nécessaire et exercez vos droits à la transparence et à la consultation des justificatifs. Une approche anticipative des frais accessoires permet une budgétisation solide et favorise une relation locative équitable.