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Restauration

Reprendre un restaurant : ce à quoi vous devez faire attention

Reprendre un restaurant existant semble être le chemin le plus rapide vers le succès. Cependant, sans une analyse minutieuse, le rêve peut rapidement échouer en raison de dettes héritées du passé et de calculs erronés.

Écrit par
Marc Schwery
Publié le
10 novembre 2025

La reprise d'un restaurant existant comporte souvent des risques considérables qui vont au-delà du simple prix d'achat, tels que des investissements différés cachés (par ex. ventilation, réfrigération) et la responsabilité pour les dettes antérieures (fournisseurs, AVS). Une due diligence détaillée est cruciale pour examiner les contrats (en particulier le contrat de bail, qui doit être renégocié) et les obligations du personnel (qui sont automatiquement transférées selon l'Art. 333 CO). Sans les conseils de fiduciaires et d'avocats, ces pièges peuvent rapidement mener à l'échec.



Partie 1 : Les chiffres – Combien coûte réellement la reprise ?

Lorsque les fondateurs calculent les coûts de la reprise d'un restaurant, ils se concentrent souvent sur un seul poste : le prix d'achat. Ce montant est généralement payé pour l'inventaire, la clientèle (goodwill) et le nom. Cependant, les véritables coûts sont souvent cachés.


1. La cession (prix d'achat) : une évaluation réaliste

Le vendeur annoncera un prix souvent basé sur des valeurs émotionnelles. Il est donc recommandé de faire vérifier objectivement cette valeur. L'équipement de cuisine est-il moderne et bien entretenu ou est-il sur le point de tomber en panne ? Quelle est la valeur réelle de la bonne réputation ? Une expertise externe ou la consultation d'un expert du secteur (par exemple de GastroSuisse) est un moyen judicieux d'obtenir un chiffre réaliste.


2. Les investissements différés (le piège des coûts cachés)

C'est là que réside le plus grand risque financier. Un restaurant peut sembler en bon état à première vue, mais la technique est cruciale. Les systèmes de ventilation, les séparateurs de graisses et les chambres froides sont-ils conformes aux exigences actuelles de la loi sur les denrées alimentaires (LDA) et aux prescriptions cantonales en matière de protection incendie ? Une mise à niveau peut rapidement coûter des sommes à cinq ou six chiffres.


3. Passifs et dettes antérieures

Un point central est la question de la responsabilité. Vérifiez méticuleusement s'il y a des factures impayées auprès des fournisseurs, des dettes fiscales ou des salaires en suspens. Particulièrement critique en Suisse : les dettes auprès des assurances sociales (AVS/AI). Selon la forme de reprise (Asset Deal ou Share Deal), vous pouvez être tenu responsable des dettes du prédécesseur (cf. Art. 181 - 183 CO en cas de transfert d'entreprise). Un fiduciaire devrait analyser en profondeur les bilans des trois dernières années.



Partie 2 : Les fondements juridiques – Contrats selon le droit suisse

Plus important encore que l'argent est l'ensemble des contrats. Si des erreurs surviennent ici, l'entreprise est souvent vouée à l'échec avant même son ouverture.


4. Le contrat de bail : le cœur de la reprise

Le contrat de bail selon le Code des Obligations (CO) suisse est le document le plus important. Le contrat n'est pas automatiquement repris.

  • Consentement du bailleur : Le bailleur doit expressément consentir au changement de propriétaire. S'il ne le fait pas, toute l'affaire capote. Souvent, le bailleur profite de cette occasion pour augmenter le loyer ou adapter le contrat.
  • Durée et options : Combien de temps le contrat est-il encore valable ? Existe-t-il des options de prolongation ? Un contrat qui expire dans deux ans n'offre aucune sécurité d'investissement.
  • Affectation : L'établissement est-il enregistré comme "restaurant" ? Les terrasses ou les événements musicaux sont-ils explicitement autorisés ?

5. Le contrôle du personnel (transfert d'entreprise selon l'Art. 333 CO)

Lorsque vous reprenez un restaurant, cela inclut également le personnel. Le droit suisse est clair à ce sujet : selon l'Art. 333 CO (transfert d'entreprise), vous reprenez automatiquement tous les contrats de travail existants avec tous les droits et obligations. Vous ne pouvez pas simplement licencier les employés. Analysez la structure du personnel : les salaires sont-ils conformes au marché ? Existe-t-il une protection contre le licenciement ou des soldes de vacances élevés ? Y a-t-il une convention collective de travail (CCT) qui doit être respectée ?


6. Contrats avec les fournisseurs et les brasseries

Le piège classique de la gastronomie est le "contrat de livraison de bière". Le restaurant est-il lié à une brasserie spécifique ou à un fournisseur de boissons ? Ces contrats sont souvent associés à des obligations d'achat et à des conditions défavorables, dont vous ne pourrez pas vous défaire avant des années.


7. Autorisations et patentes (souveraineté cantonale)

C'est l'une des plus grandes différences par rapport à d'autres pays. En Suisse, le droit de l'hôtellerie-restauration est réglementé au niveau cantonal.

  • Permis d'exploitation : La licence la plus importante. Elle est souvent liée à la personne de l'ancien exploitant et aux locaux. Elle n'est pas automatiquement transférée à l'acquéreur. Vous devez prouver votre aptitude personnelle et professionnelle.
  • Brevet de capacité : De nombreux cantons exigent un brevet de capacité (l'ancien "Wirtepatent") pour la gestion d'un établissement. Les exigences (formation, examen) varient d'un canton à l'autre.


Partie 3 : Le capital immatériel – Concept et réputation


8. Pourquoi le propriétaire précédent vend-il ?

C'est la question la plus honnête, mais aussi la plus difficile à répondre. La raison peut être une insolvabilité imminente, un conflit avec le bailleur ou une pression concurrentielle à laquelle l'entreprise ne résiste pas.


9. Le concept correspond-il à l'emplacement ?

Analysez l'emplacement (clientèle de passage, places de parking, démographie du quartier) et vérifiez si le concept existant fonctionne toujours. Lorsque vous reprenez un restaurant, cela inclut également sa réputation – par exemple sur les plateformes d'évaluation (Google Reviews ou Trustpilot). Réparer une mauvaise réputation est souvent plus coûteux et fastidieux qu'un nouveau départ.


10. Le plan d'affaires : une réserve pour l'inattendu

Un plan d'affaires est tout aussi important pour une reprise que pour une nouvelle création d'entreprise. Calculez non seulement les coûts évidents (cession, rénovation), mais aussi le "fonds de roulement" (capital d'exploitation) – la réserve pour les six premiers mois pendant lesquels le loyer, le personnel et les marchandises doivent être payés, même si l'affaire ne démarre pas comme espéré.



Conclusion : Pas de reprise sans experts

Reprendre un restaurant est un processus très complexe. Il requiert l'expertise d'un fiduciaire local (pour les chiffres et la vérification AVS) et d'un avocat familiarisé avec le droit cantonal de l'hôtellerie-restauration et le Code des Obligations. Ces conseils ne sont pas bon marché, mais cet investissement en vaut la peine. C'est le bouclier contre les dettes cachées, les contrats invalides et un arriéré d'investissements qui pourrait mettre fin au rêve de posséder son propre restaurant avant même qu'il n'ait commencé.