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Droit de location

Que faire en cas de défauts dans des locaux commerciaux ? Droits et obligations

Des défauts dans vos locaux commerciaux ? Découvrez quels sont vos droits, comment procéder et quand le bailleur est tenu d'y remédier. Conseils pratiques pour les locataires.

Écrit par
Dominic Frei
Publié le
16 mars 2026

Les défauts dans les locaux commerciaux peuvent perturber considérablement le déroulement des activités et, dans le pire des cas, entraîner des pertes financières. En tant que locataire en Suisse, vous avez des droits clairs : le bailleur est en principe tenu de remédier aux défauts qui entravent l'usage convenu. Cet article vous montre comment procéder correctement en cas de défauts, quelles sont vos prétentions juridiques et ce que vous pouvez faire si le bailleur ne réagit pas. Du procès-verbal des défauts à la réduction de loyer en passant par l'avis de défauts, vous découvrirez toutes les étapes importantes pour faire valoir vos droits en tant que locataire commercial.


Qu'il s'agisse d'un chauffage défectueux, de fenêtres non étanches ou de moisissures, les défauts dans les locaux commerciaux ne sont pas seulement fâcheux, ils peuvent aussi avoir un impact considérable sur votre activité. Les clients se font rares, les collaborateurs sont insatisfaits et, dans le pire des cas, des interruptions d'exploitation menacent. Mais que pouvez-vous faire concrètement en tant que locataire ? Quelles sont les obligations du bailleur et quels sont vos droits ?


Le droit du bail suisse, régi par le Code des obligations (CO), apporte des réponses claires à ces questions. Dans cet article, vous apprendrez comment procéder correctement en cas de défauts dans vos locaux commerciaux, quelles sont vos possibilités juridiques et ce qu'il faut faire si le bailleur refuse de remédier aux défauts.



Que sont les défauts dans les locaux commerciaux ?

Il y a défaut lorsque les locaux loués ne présentent pas l'état convenu par contrat ou qu'ils entravent l'usage convenu. Selon l'art. 258 CO, le bailleur est tenu de délivrer la chose louée dans un état approprié à l'usage pour lequel elle a été louée et de l'entretenir dans cet état.


Dans le cas des locaux commerciaux, les défauts peuvent être multiples :


  • Panne de chauffage ou de climatisation
  • Fenêtres ou toits non étanches
  • Moisissures ou dégâts causés par l'humidité
  • Installations sanitaires défectueuses
  • Problèmes d'électricité ou d'éclairage
  • Nuisances sonores dues à des travaux de construction (si évitables)
  • Dispositifs de sécurité insuffisants
  • Infestation de nuisibles

Il est important de faire la distinction entre les défauts qui existaient déjà au début de la location et ceux qui n'apparaissent que pendant la durée du bail. Idéalement, lors de la prise en charge des locaux commerciaux, vous devriez établir un procès-verbal de remise détaillé dans lequel l'état des locaux est documenté. Celui-ci pourra servir de preuve par la suite.



Le bailleur est-il tenu d'éliminer les défauts ?

La réponse est claire : oui, en principe, le bailleur est tenu de remédier aux défauts. Selon l'art. 258 CO, il doit entretenir la chose dans un état approprié à l'usage pour lequel elle a été louée et répondre, pendant la durée du bail, des éventuels défauts qui en entravent l'usage.


Cette obligation s'applique indépendamment du fait que le bailleur soit en faute ou non. Il s'agit de ce qu'on appelle une obligation de résultat : le bailleur doit garantir le résultat (des locaux sans défauts).


Exceptions à l'obligation d'élimination

Il existe toutefois des exceptions pour lesquelles le bailleur n'est pas tenu de remédier aux défauts :


  1. Menus défauts (dommages mineurs) : Selon l'art. 259 CO, les locataires doivent remédier eux-mêmes aux petits défauts qui surviennent dans le cadre d'une utilisation normale. Il peut s'agir par exemple de petites ampoules ou d'écoulements bouchés.
  2. Défauts causés par le locataire : Vous devez assumer vous-même les dommages que vous ou vos collaborateurs avez causés.
  3. Exceptions convenues par contrat : Dans les contrats de bail commercial, certaines obligations d'entretien peuvent être transférées au locataire. De telles conventions sont plus fréquentes dans les baux commerciaux que dans les baux d'habitation, mais elles doivent être formulées clairement.

Notez que la liberté de conception du contrat est plus grande pour les baux commerciaux que pour les baux d'habitation. Vérifiez donc attentivement les clauses de votre contrat de bail concernant l'entretien et les réparations.



Comment procéder en cas de défauts : instructions étape par étape

Il est crucial de procéder correctement en cas de défauts pour préserver vos droits. Voici les étapes les plus importantes :


Étape 1 : Documenter les défauts

Dès que vous constatez un défaut, vous devez le documenter immédiatement. Prenez des photos ou des vidéos, notez la date et décrivez le défaut en détail. Cette documentation pourra s'avérer importante par la suite en tant que preuve.


Étape 2 : Avis de défaut au bailleur

Selon l'art. 257b CO, vous êtes tenu d'aviser immédiatement le bailleur des défauts. Cet avis de défaut doit être fait par écrit - de préférence par courrier recommandé ou par e-mail avec accusé de lecture. Décrivez précisément le défaut et fixez un délai convenable pour y remédier (en général 10 à 30 jours, selon l'urgence).


Important : si vous omettez de signaler le défaut, vous risquez de perdre des droits par la suite, notamment des prétentions en dommages-intérêts en cas de dommages consécutifs.


Étape 3 : Fixer un délai

Dans votre avis de défaut, vous devez fixer un délai concret, mais convenable, pour l'élimination du défaut. En cas de panne de chauffage en hiver, ce délai sera par exemple plus court que pour un défaut esthétique. Le délai donne au bailleur la possibilité de s'occuper de la réparation.


Étape 4 : Annoncer d'autres mesures

Dans votre avis de défaut, vous pouvez d'ores et déjà annoncer les mesures que vous prendrez si le défaut n'est pas éliminé dans le délai imparti. Celles-ci peuvent être :


  • Réduction de loyer (art. 259d CO)
  • Exécution de la réparation par le locataire aux frais du bailleur (art. 259g CO)
  • Consignation du loyer auprès de l'autorité de conciliation compétente


Que faire si les défauts ne sont pas éliminés ?

Si le bailleur ne réagit pas ou s'il refuse de remédier aux défauts, plusieurs possibilités juridiques s'offrent à vous :


Réduction de loyer

Selon l'art. 259d CO, vous pouvez exiger une réduction proportionnelle du loyer. Le montant de la réduction dépend de la gravité du défaut. En cas de panne totale de chauffage en hiver, celle-ci pourrait par exemple s'élever à 30-50 %, et proportionnellement moins pour des défauts mineurs.


Important : le droit à la réduction du loyer naît de par la loi, vous n'avez pas besoin d'en faire la demande préalable au bailleur. Toutefois, vous devez être prudent et ne pas exagérer la réduction, sous peine de vous retrouver avec des arriérés de loyer. En cas de doute, il est recommandé de faire appel à un conseiller juridique professionnel ou de consigner le loyer auprès de l'autorité de conciliation.


Consignation du loyer

Vous pouvez consigner le loyer, en tout ou en partie, auprès de l'autorité cantonale de conciliation compétente. C'est particulièrement judicieux si vous n'êtes pas sûr que la réduction de loyer soit justifiée ou de son montant. Les montants consignés ne seront alors versés qu'après clarification de la situation juridique.


Notez que les procédures et les formulaires peuvent varier d'un canton à l'autre. Renseignez-vous auprès de votre autorité cantonale de conciliation sur la marche à suivre exacte.


Exécution par un tiers

Selon l'art. 259g CO, après l'expiration infructueuse du délai, vous pouvez faire réparer vous-même les défauts mineurs et en réclamer le coût au bailleur. Pour les réparations plus importantes, il est impératif d'obtenir au préalable une autorisation judiciaire, sous peine de devoir en supporter les frais.


Cette possibilité doit être utilisée avec prudence. Documentez soigneusement toutes les étapes et conservez toutes les factures.


Prétentions en dommages-intérêts

Si le défaut vous cause d'autres dommages (par ex. perte de marchandises due à une panne de refroidissement, perte de chiffre d'affaires due à une interruption d'exploitation), vous pouvez exiger des dommages-intérêts du bailleur conformément à l'art. 259e CO. La condition est que vous ayez signalé le défaut à temps.


Ici aussi, une documentation détaillée des dommages et de leurs causes est indispensable.


Résiliation anticipée

En cas de défauts graves qui entravent considérablement l'usage convenu, vous pouvez résilier le bail de manière extraordinaire (art. 259g CO). Toutefois, ceci ne doit être considéré que comme un recours de dernière instance et doit être juridiquement bien fondé, car une résiliation injustifiée peut avoir des conséquences financières importantes.



Situations particulières et différences cantonales

Dans le cas des baux commerciaux, il convient de tenir compte de certaines particularités qui ne s'appliquent pas ou s'appliquent différemment aux baux d'habitation :


Exclusion de garantie dans les baux commerciaux

Contrairement au bail d'habitation, certains droits de garantie peuvent être exclus ou limités contractuellement dans le cas d'un bail commercial. De telles clauses ne sont toutefois valables que si elles sont formulées de manière claire et sans équivoque. Vérifiez attentivement votre contrat de bail à la recherche de telles dispositions.


Autorités cantonales de conciliation

Avant d'engager une procédure judiciaire, une procédure de conciliation est obligatoire dans la plupart des cantons. Les autorités compétentes et les procédures peuvent varier selon le canton. Renseignez-vous à temps sur les compétences dans votre canton.


Fardeau de la preuve

En tant que locataire, vous supportez le fardeau de la preuve concernant l'existence du défaut et le fait qu'il entrave l'aptitude à l'usage. C'est pourquoi une documentation minutieuse est si importante. Le bailleur, en revanche, doit prouver qu'il a rempli son obligation d'entretien.



Conclusion : faites valoir vos droits activement

Les défauts dans les locaux commerciaux ne sont pas une fatalité que vous devez simplement accepter. Le droit du bail suisse vous confère, en tant que locataire, des droits et des moyens d'action clairs. Le bailleur est en principe tenu de remédier aux défauts qui entravent l'usage convenu.


L'essentiel est de procéder correctement : signaler immédiatement les défauts, les documenter par écrit, fixer des délais convenables et connaître ses droits. Qu'il s'agisse d'une réduction de loyer, d'une exécution par un tiers ou de dommages-intérêts, vous disposez de plusieurs possibilités pour réagir face à un bailleur inactif.


Il est toutefois important de garder le sens de la proportionnalité. Le moindre petit défaut ne justifie pas des mesures drastiques. Le dialogue avec le bailleur devrait toujours être la première étape. Dans de nombreux cas, les problèmes peuvent être résolus à l'amiable sans qu'il soit nécessaire de recourir à un litige.


Dans les cas complexes ou en cas de litiges importants, il est recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit du bail. Les associations cantonales de locataires peuvent également apporter un soutien précieux. N'hésitez pas à faire appel à l'aide de professionnels - votre activité commerciale ne devrait pas avoir à pâtir de défauts évitables.


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Remarque : cet article sert à l'information générale et ne constitue pas un conseil juridique. En cas de questions ou de problèmes juridiques concrets, il convient de consulter un avocat spécialisé en droit du bail. La situation juridique peut varier en fonction du cas d'espèce et des particularités cantonales.